Publié le 2 février 2021

Intervention de Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer | Lutte contre le Covid-19 et variants en Polynésie, le 1er février 2021

Le 1er février 2021 depuis Paris, Sébastien Lecornu s'est adressé aux Polynésiennes et aux Polynésiens pour leur présenter les mesures prises avec le Gouvernement de Polynésie française afin de faire face aux variants du Covid-19 qui menacent chacun de nos territoires.

Seul le prononcé fait foi

 

 

Mes chers compatriotes,

La situation sanitaire dans le monde connaît depuis quelques semaines un tournant inquiétant. L'apparition de trois variants de la Covid-19 nous font craindre une reprise de l'épidémie dans des conditions plus incertaines et plus dramatiques que ce que nous avons déjà connu. Ces variants sont, selon les avis des scientifiques, plus contagieux, permettant ainsi au virus de circuler de manière plus rapide.

Vous le savez, les variants dits britanniques et sud-africains ont déjà été détectés dans l'Hexagone et dans quelques territoires ultramarins, comme Mayotte. Mais d'autres, comme la Polynésie-Française, en sont encore épargnés. Il est nécessaire de continuer à préserver le Pays de cette nouvelle menace en prenant de nouvelles décisions. C'est pour cette raison que je m'adresse à vous ce soir.

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En novembre dernier, la Polynésie française a fait face à une propagation intense et rapide de l'épidémie avec des taux d'incidence proches des 1 000/100 000 habitants. A titre de comparaison, le seuil d'alerte maximum que nous nous fixons dans l'Hexagone est 250/100 000 habitants.

Pour faire face à cette vague, le gouvernement de Polynésie française en lien avec le Haut-Commissaire de la République a pris des décisions courageuses. Certaines ont pu impacter votre vie quotidienne : je pense au couvre-feu instauré à Tahiti  et  à Moorea, qui étaient pour autant nécessaire pour limiter la circulation du virus, en parallèle de l'augmentation du nombre de lits de réanimation.

Pendant cette période, le gouvernement polynésien a pu compter sur le soutien et la solidarité de l'Etat. A la demande du président Édouard Fritch, la réserve sanitaire a  été déployée: 25 réservistes, principalement des infirmiers  de réanimation,  ont  ainsi été envoyés en Polynésie-Française.

Je tiens aussi à saluer l'esprit de responsabilité des Polynésiennes et des Polynésiens.

Sans vos efforts, nous n'aurions pas pu faire face à cette vague de l'épidémie.

En effet, depuis fin novembre, la circulation du virus ralentit. Le  taux  d'incidence général a baissé à 74/100 000 habitants. Mais, il ne faut pas baisser la garde, l'épidémie est toujours présente. 300 nouveaux cas sont encore détectés par semaine. Dans les îles sous le vent, la tendance est même à la hausse avec une circulation active du virus.

Pour toutes ces raisons, il faut que nous restions collectivement vigilants.

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L'arrivée de plusieurs vaccins est certes une lueur d'espoir dans cette crise mondiale qui nous touche depuis bientôt un an. L'Etat, en accord avec le gouvernement du président Fritch, livre de manière régulière la Polynésie-Française en doses de vaccins.

Mais, les premières études semblent montrer que les premiers vaccins développés sont d'une efficacité moindre face à ces variants par rapport au virus initial.

Par ailleurs, il nous faut être réaliste : il nous faudra un certain temps avant que l'ensemble de la population polynésienne et française ne soit vaccinée.

Il est donc indispensable que nous nous protégions.

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Je vous l'ai dit : l'arrivée des variants du virus change radicalement la donne. Cette épidémie peut être suivie d'une autre, dont les signes avant-coureur commencent à apparaître dans certaines parties du monde, si nous n'agissons pas assez vite.

Au Royaume-Uni, par exemple, le seuil des 100 000 morts a été franchi il y a quelques jours. Cette semaine, un pic de 1 700 décès sur une seule journée a été atteint. Plus de 3,7 millions de personnes ont été contaminées. Le système sanitaire est saturé. Nous ne pouvons pas nous permettre d'arriver à cette situation.

En Afrique du Sud, les nouvelles sont tout aussi inquiétantes avec une deuxième vague d'infections qui est apparue avec le nouveau variant de type 501 : près 1,5 millions de personnes ont déjà été contaminées et plus de 43 000 décès en lien avec cette souche du virus ont déjà été comptabilisés.

En France, à Mayotte, où les variants sud-africain et anglais ont été détectés, le taux d'incidence a augmenté de manière très significative. Il va dépasser ce week-end les 300/100 000 habitants, alors qu'il était inférieur à 50 il y a seulement 4 semaines. En réanimation, nous avons admis des patients plus jeunes que précédemment avec des cas de moins de 50 ans et des formes plus graves.

Aujourd'hui, la menace est grande pour la Polynésie-Française : si l'un des variants venait à être détecté, nous pourrions être confrontés à une explosion des cas et à une embolie complète de son système hospitalier.

Aussi, je vous le dis en toute franchise: si les variants devaient circuler activement en France, dans l'Hexagone et dans quelques territoires ultramarins en même temps, nous ne pourrions peut être pas soutenir la Polynésie-Française comme nous l'avons fait auparavant. L'envoi de renforts nationaux pourrait être malheureusement trop complexe à mettre en œuvre.

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J'ai fait part au président de la Polynésie-Française de la gravité de la situation. Nous avons longuement échangé et nous avons convenu que nous devions prendre des mesures nouvelles pour protéger le Pays de cette menace et réduire au maximum le risque d'importation des variants.

Comme vous le savez, nous avons décidé ces derniers jours d'imposer des motifs impérieux, c'est à dire d'avoir une raison familiale, de santé ou professionnelle, pour tout déplacement vers Mayotte, la Guyane, la Réunion, les Antilles. Cette mesure sera également prise dans les prochains jours pour Saint-Pierre-et-Miquelon.

Le Premier ministre, Jean Castex, a également annoncé vendredi 29 janvier qu'un motif impérieux sera désormais nécessaire à toute entrée en France et toute sortie de notre territoire à destination ou en provenance d'un pays extérieur à l'Union européenne, à partir de dimanche minuit. C'est aussi désormais le cas pour tout déplacement vers un département d'Outre-mer.

Avec le président Fritch, nous avons donc décidé d'appliquer également cette mesure pour la Polynésie-Française, à compter du mercredi 3 février.

Concrètement, cela signifie que les touristes ne pourront plus venir en Polynésie­ Française dans les prochaines semaines. Je sais le sacrifice économique que cela implique pour vous, mais nous ne pouvons pas transiger avec la santé de nos concitoyens. Cela doit rester notre priorité. Le contrôle des flux des voyageurs, en limitant ceux-ci au strict nécessaire, est absolument indispensable pour limiter le brassage des populations, donc le risque de faire entrer  l'un des variants  du  COVID  sur le territoire polynésien.

C'est un mal nécessaire pour que la Polynésie-Française soit protégée et qu'elle puisse rouvrir au tourisme le plus rapidement possible. Par ces mesures de protection, l'épidémie pourra continuer à être maîtrisée, comme le Gouvernement polynésien l'a fait avec courage et efficacité, dans les dernières semaines. Mais aussi, c'est une condition pour que l'économie intérieure du Pays puisse continuer à fonctionner.

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Dans cette période difficile, l'Etat continuera à soutenir économiquement la Polynésie-Française. En 2020, l'Etat a mis en place un prêt de 28 milliards de francs

Pacifique à l'égard du Gouvernement du Pays pour lui permettre de faire face à ses dépenses exceptionnelles.

L'Etat a également engagé directement 65 milliards de francs Pacifique en faveur des entreprises polynésiennes. Ce sont ainsi 54 milliards de francs Pacifique de prêts garantis qui ont été octroyés aux entreprises, et 11 milliards de décaissements du fonds de solidarité à destination des entreprises de Polynésie française. Cet effort est massif, inédit, nécessaire.

Ces mesures seront maintenues en 2021, aussi longtemps que durera la crise économique et sanitaire. Elles seront renforcées pour les secteurs les plus en difficulté. j'ai demandé au Haut-Commissaire, en lien avec le Gouvernement de Polynésie-Française, de prendre l'attache des représentants du  monde  économique, en particulier du secteur du tourisme et des compagnies aériennes, afin de vérifier que ces mesures sont bien adaptées à la diversité des situations rencontrées par les entreprises.

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Mes chers compatriotes polynésiens, je ne sous-estime pas l'effort qui vous est demandé aujourd'hui, mais cet effort est indispensable pour la protection du territoire et des populations.

Face à cette crise inédite par son intensité et sa durée, vous pouvez  pleinement compter sur le partenariat et la confiance qui existent entre l'Etat et le gouvernement de la Polynésie-Française au niveau national comme au niveau local.

 

 

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