Publié le 29 novembre 2016

Terres australes et antarctiques françaises - Les TAAF

Les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), collectivité d’Outre-mer créée en 1955, administre cinq districts composés de l’archipel de Crozet, de l’archipel de Kerguelen, des îles Saint-Paul et Amsterdam, de la Terre Adélie sur le continent antarctique, et des îles Éparses depuis 2007 (Europa, Glorieuses, Juan de Nova, Bassas da India et Tromelin).

Les TAAF sont placées sous l’autorité d’un préfet, administrateur supérieur qui est à la fois le représentant de l’État dans ces territoires et le responsable de la collectivité. Il est représenté dans chacun des districts par un chef de district.
 
La collectivité dispose d’un budget d’environ 26 millions d’euros provenant de ressources propres (droits de pêche, philatélie, impôts, tourisme, taxes de mouillage…), d’une subvention d’équilibre du ministère des Outre-mer et d’un appui financier du ministère de l’Environnement, de l’énergie et de la mer au titre de la Réserve naturelle nationale des Terres australes françaises (600 000 € en 2016) et des programmes dédiés à la préservation de l’environnement des TAAF (245 000 € en 2016).
 
Les trois districts austraux sont desservis par le Marion Dufresne II au départ de l’île de La Réunion. L’Astrolabe permet de rejoindre la Terre Adélie depuis Hobart, en Australie. Les îles Éparses sont, quant à elles, ravitaillées par avion militaire (FAZSOI) ou par bateau (bâtiments de la Marine nationale, Marion Dufresne II) à partir de l’île de La Réunion. L’isolement du territoire implique la mise en place, par l’administration des TAAF, d’une chaîne logistique complexe, indissociable de l’affirmation de la présence française.
 
Les districts subantarctiques et la Terre Adélie accueillent selon les bases entre 20 et 100 personnes (scientifiques, gestionnaires et personnels techniques) qui y séjournent de quelques mois à un an.
 
Sur Europa, Juan de Nova et Glorieuses, la souveraineté est assurée par un détachement de 14 militaires et un gendarme, représentant du préfet, administrateur supérieur des TAAF. Ils sont relevés tous les 45 jours environ. Sur Tromelin, la présence française est garantie par des agents de la collectivité des TAAF. En sus de cette présence humaine continue, des scientifiques sont régulièrement amenés à séjourner dans les îles Eparses pour la réalisation de programmes de recherche, ainsi que des agents de la collectivité des TAAF dans le cadre de leurs missions (préservation de l’environnement, infrastructures, etc.).
 
Les TAAF n’ont pas d’"habitants" permanents donc ni électeurs, ni élus, ni assemblée territoriale. En revanche, le préfet, administrateur supérieur des TAAF, rend compte devant un conseil consultatif composé de parlementaires, de hauts fonctionnaires et de personnalités qualifiées dont l’avis est obligatoirement requis en matière fiscale, budgétaire et environnementale.
 
Le territoire des TAAF ne fait pas partie de l’Union européenne mais y est associé en tant que PTOM (Pays et territoires d’Outre-mer).

La recherche

Le territoire des TAAF s’étend sur un important gradient latitudinal, depuis le 13e parallèle sud (avec les îles Glorieuses) jusqu’au 66e parallèle sud (avec la base Dumont D’Urville, en Terre Adélie). L’isolement et l’absence d’une présence humaine permanente sur les districts ont longtemps permis de les extraire de pressions humaines. Le territoire, reconnu comme un refuge de biodiversité dont le caractère patrimonial exceptionnel est incontestable, constitue un véritable laboratoire à ciel ouvert et un observatoire unique pour étudier l’impact des changements globaux sur la biodiversité et les écosystèmes. Les enjeux scientifiques et environnementaux sont ainsi de première importance pour les TAAF.
 
Développée depuis plusieurs décennies, la recherche scientifique dans les TAAF touche un large spectre disciplinaire et concerne aussi bien les sciences de la vie que les sciences de l’univers.
 
Dans les îles australes et en Terre Adélie, la recherche est coordonnée par l’Institut polaire français Paul-Émile Victor (IPEV), en collaboration étroite avec les TAAF. En moyenne, 225 chercheurs français et étrangers sont présents chaque année sur les bases pour mettre en œuvre une soixantaine de programmes.
Dans les îles Eparses, c’est la collectivité des TAAF qui instruit les sollicitations des scientifiques. La volonté de bien structurer les activités de recherche scientifique dans le 5ème district a conduit les TAAF à constituer un consortium de recherche « Iles Eparses 2011-2013 » regroupant le CNRS-InEE, le CNRS-INSU, l’IRD, l’AAMP et la FRB. Actif de 2011 à 2013, ce consortium a sélectionné 19 projets portés par 7 organismes différents. Quarante vols des Forces armées de la zone sud océan Indien (FAZSOI) et deux rotations exceptionnelles du Marion Dufresne ont permis le transport des équipes scientifiques et la réalisation de près de 120 missions de terrain sur ces îles difficiles d’accès.
 
La présence de stations automatisées Météo-France sur tous les districts permet de maintenir un effort d’observation dans le domaine de la météorologie dans ces régions isolées. L’ensemble de ces travaux permet notamment de mieux appréhender les changements globaux (réchauffement climatique) en milieu insulaire.
 
Les TAAF ont, depuis plusieurs années, tissé un étroit partenariat avec le Centre national d’études spatiales (CNES) qui dispose d’une station de suivi des satellites à Kerguelen et le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) dans le cadre du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires.
 
Enfin, les sciences humaines ne sont pas oubliées, comme le montrent les campagnes de fouilles archéologiques du naufrage  de l’Utile, et des esclaves oubliés de Tromelin (Inrap, GRAN, Dac-oI) ou le recensement des épaves mené par le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM) dans les îles Éparses.

La biodiversité des TAAF

Les îles australes sont marquées par un isolement extrême et des conditions climatiques spécifiques qui ont contribué au développement d’un fort taux d’endémisme et à des adaptations singulières de la faune et de la flore. Les îles Crozet abritent la communauté d’oiseaux de mer la plus abondante au monde (25 millions de reproducteurs par an). Les manchots royaux forment des colonies pouvant atteindre plus d’un million d’individus.
 
Autre espèce emblématique, l’albatros d’Amsterdam, endémique à l’île d’Amsterdam, compte moins de 200 individus et est considéré par l’Union internationale de conservation de la nature (UICN) comme étant gravement menacé d’extinction. De nombreux mammifères marins sont également présents dans la zone : plusieurs espèces de dauphins, de baleines mais également de fortes concentrations d’otaries et d’éléphants de mer qui viennent chaque année se reproduire à terre.
 
La terre Adélie est, de la même manière, marquée par une forte concentration d’espèces protégées d’oiseaux, de mammifères marins et de cétacés : pétrels, manchots, phoques, orques, rorquals… Le manchot empereur est aujourd’hui une des espèces les plus emblématiques des régions froides.
Enfin, les îles Éparses présentent des écosystèmes diversifiés et complexes comme les mangroves ou les récifs coralliens. Ces îles abritent également de nombreuses espèces d’oiseaux marins et hébergent parmi les plus grosses colonies de l’océan Indien (plus de 450 000 couples de sterne fuligineuse à Juan de Nova). Les plages des îles Éparses sont des sites d’importance majeure pour la ponte des tortues marines vertes et imbriquées, espèces menacées et protégées au niveau international. Avec plus de 11 000 femelles nidifiantes par an, Europa constitue le plus gros site de ponte de l’océan Indien et le deuxième au niveau mondial.

La gestion durable des ressources halieutiques

Les TAAF administrent 2,39 millions de km2 de zones économiques exclusives, soit la deuxième ZEE de France après la Polynésie française. La France se situe d’ailleurs à la deuxième place derrière les États-Unis en termes de superficie de zones maritimes avec 11 millions de km² grâce à ses Outre-mer. Trois pêcheries sont pleinement gérées par la collectivité :
  • la légine localisée dans les ZEE de Kerguelen et de Crozet,
  • la langouste dans la ZEE des îles Saint-Paul et Amsterdam,
  • le thon dans les îles Éparses du canal du Mozambique.
Les stocks de légine et de langouste sont stabilisés grâce à une gestion rigoureuse qui s’appuie sur le Total Admissible de Capture (TAC), fixé tous les ans par le Préfet sur avis du Muséum national d’Histoire Naturelle (MNHN) et réparti entre les armements sous forme de quotas. Les professionnels sont alors pleinement investis dans la bonne gestion des pêcheries australes et une surveillance active des zones par la Marine nationale et l’Osiris permettent de lutter contre la pêche illicite. La pêche à la légine sur Kerguelen est par ailleurs certifiée MSC (Marine Stewardship Council).
Dans les zones tropicales (îles Éparses), les stocks de thonidés sont itinérants et suivis au niveau océanique par la Commission thonière de l’océan Indien (CTOI).
De la même manière que dans les îles australes, les modalités d’une gestion raisonnée sont en cours de développement, en concertation avec les organismes scientifiques (IFREMER, IRD) et les professionnels de la pêche.

Des espaces protégés

S’agissant de territoires isolés et éloignés, les activités de recherche dans les TAAF sont primordiales pour acquérir les connaissances nécessaires au développement d’une stratégie de conservation et pour orienter au mieux les actions de gestion de la collectivité. Cette dernière s’est fixé pour objectif de mettre en place un modèle de gestion exemplaire qui réponde à ces enjeux.
 
Pour atteindre cet objectif, les TAAF se dotent progressivement des outils de protection les plus adaptés à la conservation de chaque type d’espaces ou d’espèces. Cette stratégie de classement a démarré en Terre Adélie dès 1995. Elle s’est ensuite étendue au reste du territoire avec la création en 2006 de la Réserve naturelle nationale des Terres australes françaises (RNN TAF), par le classement en site RAMSAR des îles Australes en 2009 et d’Europa en 2011, puis enfin par la création en 2012 du Parc naturel marin des Glorieuses. Ces démarches, qui se poursuivent sur l’ensemble du territoire (ainsi le site d’Europa est-il en cours de classement comme RNN), s’incarnent particulièrement dans le domaine subantarctique.
 
Avec ses 22 700 km², dont 7 000 km² de domaine terrestre et 15 700 km² de domaine maritime, la RNN TAF est déjà la plus vaste réserve naturelle de France, représentant près de 80 % de la surface totale des réserves naturelles nationales. En dépit d’un premier bilan de gestion satisfaisant, cette réserve ne permet pas encore d’assurer la continuité écologique entre les écosystèmes terrestres des îles australes et les écosystèmes marins qui y sont associés.
 
Sur le modèle des très grandes aires marines protégées, de plus en plus largement adopté à l’échelle internationale, la ministre en charge de l’Ecologie, Mme Ségolène Royal, a proposé en marge de la Conférence internationale sur le climat de 2015 (COP21) d’étendre la RNN TAF actuelle sur un périmètre d’environ 550 000 km2. Cette réserve couvrirait alors une surface équivalente à celle de la France métropolitaine, et constituerait la 5ème plus grande aire marine protégée de ce type au monde.
 
Forte de son expérience, la collectivité des TAAF s’attache désormais à mieux faire connaître la diversité de ces îles et à les valoriser sur la scène internationale. C’est dans cet esprit que s’est engagé le projet d’inscription des Terres australes françaises (TAF) sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.
 
Parallèlement à ces outils de protection, les TAAF mènent une politique environnementale active, notamment en développant des projets de conservation de la biodiversité. Dans le même temps, la collectivité mène une action exemplaire en matière de gestion des déchets avec des opérations de nettoyage de grande envergure pour les déchets historiques et une politique visant à ne plus rien laisser sur les districts.

Les relations internationales et la coopération régionale

Le modèle de gestion mis en place par les TAAF sur les îles subantarctiques depuis 2006 (création de la Réserve naturelle nationale Terres australes) se fonde d’une part sur une collaboration étroite avec la communauté scientifique et l’acquisition continue de connaissances permettant d’identifier les mesures de conservation les plus pertinentes à mettre en place sur le territoire, et d’autre part sur l’encadrement systématique de toutes les activités anthropiques de manière à garantir un impact minimum sur les milieux naturels. Ce modèle tend à démontrer que le développement maitrisé des activités humaines et la conservation d’un patrimoine naturel d’exception peuvent être conciliés. La collectivité s’est par conséquent fixée pour objectif d’étendre ce modèle à l’ensemble de sa zone de compétence dans le but de faire de ses territoires ultra-marins les pivots d’une politique de développement régional durable.
 
Au travers des projets de conservation qu’elle porte, la collectivité s’inscrit en effet dans de multiples partenariats à l’échelle nationale, régionale ou internationale et permet ainsi à la France d’apporter sa contribution aux travaux menés sur cette thématique à toutes ces échelles.
 
Au niveau national, les TAAF contribuent activement au transfert d’expériences entre gestionnaires d’aires protégées, en participant aux congrès et comités nationaux des divers réseaux environnementaux (Réserves Naturelles de France, Agence des Aires Marines Protégées, IFRECOR, IUCN, etc.), en particulier au titre des territoires d’outre-mer.
 
Au niveau régional, la collectivité est aussi très largement impliquée dans les instances internationales qui veillent à la préservation des milieux (CTOI – Commission thonière de l’Océan Indien, ACAP – Accord sur la Conservation des Albatros et Pétrels, etc.), et notamment à la CCAMLR (Commission pour la conservation de la faune et la flore marines de l'Antarctique) où elle participe activement aux différents travaux menés par la commission.
 
D’autre part, l’éligibilité des TAAF à plusieurs types de fonds européens (FED régional et thématique, LIFE, BEST, etc.), dont les axes thématiques portent pour la plupart sur la biodiversité, la gestion durable des ressources ou encore les effets du changement climatique, ouvre des opportunités exceptionnelles pour le développement de partenariats régionaux. Les pays des zones polaire, subantarctique ou du sud-ouest de l’océan Indien partagent en effet des problématiques de gestion communes (conservation en milieu insulaires, gestion des ressources migratrices, surveillance des ZEE, etc.) pour lesquelles la mise en place de programmes de coopération est particulièrement pertinente (mutualisation des moyens).
 
Enfin, au niveau international, la politique de conservation menée par les TAAF permet à la France de répondre en partie aux engagements pris au travers de la ratification d’accords et conventions internationaux visant à la protection des milieux et des espèces : Convention CITES sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvage menacées d’extinction ; Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (CMS – Convention Bonn) ;  Convention relative à la protection, à la gestion et la mise en valeur des milieux marins et côtiers de la région de l’Afrique orientale (Convention de Nairobi), Convention relative aux zones humides (dite RAMSAR) ; Convention Baleinière internationale (CBI), etc.
 
  • L'Astrolabe pris dans le pack
  • aigrettes dimorphes egretta dimorpha petite mangrove ouest europa
  • colonie de manchots royaux
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