Publié le 23 mai 2018

Remise du prix de thèse du CNMHE 2018 discours d'Annick Girardin, ministre des outre-mer

Jeudi 23 mai 2018, à l'occasion de Journée nationale des victimes de l'esclavage, Annick Girardin est intervenue pour féliciter et remettre à Rafaël Thiebaud, le prix de thèse du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage (CNMHE) pour son mémoire : « Traite des esclaves et commerce néerlandais et français à Madagascar (XVIIe – XVIIIe siècles) ». La ministre a également décerné pour son mémoire, la mention spéciale du CNMHE à Hayri Göksin Özkoray. Cette remise de prix a précédé la plantation dans les jardins du ministère des Outre-mer, d'un arbre de la Liberté à l'initiative du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage.

 
 
Mercredi 23 mai 2018
Seul le prononcé fait foi
 
Monsieur le président du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage,
Mesdames et messieurs les membres du CNMHE,
Chers lauréats,
 
C’est un honneur de remettre ce prix de thèse du CNMHE en ce 23 mai, journée nationale en hommage aux victimes de l’esclavage.
Ce 23 mai 2018 marque les 20 ans de la marche silencieuse dans les rues de Paris à laquelle 40 000 citoyennes et citoyens ont participé. Cette marche, symbolique, a été le point de départ du débat national sur les atrocités de l’esclavage.
 
Un débat national qui a abouti en 2001 à l’adoption à l’unanimité par le Parlement de la loi portée par Christiane Taubira : cette loi fondamentale qui reconnait la traite et l’esclavage comme crimes contre l’humanité.
Comme nous le rappelait Aimé Césaire, c’est par la conjonction de la volonté d’un peuple et la lucidité d’une politique que les esprits peuvent évoluer : ce fut le cas le 27 avril 1848 quand le décret Schœlcher d’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises fut adopté par le Parlement.
 
La lucidité d’une politique ne se construit pas sur l’émotion, sur l’immédiateté, sur la réaction à court terme dénouée de toute analyse. Le rôle du travail scientifique, ce n’est pas de survoler ou d’émettre une opinion, c’est justement d’éclairer le politique. Et ce prix de thèse du CNMHE en est la parfaite illustration.
 
Il n’y pas d’amnésie sélective dans l’histoire de France. C’est justement en observant le passé, avec toutes ses parts d’ombre et de lumière, que l’on peut se projeter vers l’avenir avec sérénité.
Ce prix récompense depuis 2005 une thèse de doctorat qui contribue à une meilleure connaissance de la traite négrière, du système esclavagiste, des processus d’abolition.  Ce prix inclus aussi les thèses portant sur les sociétés post-esclavagistes dans le monde Atlantique et dans l’océan Indien, de la fin du XVe siècle jusqu’à la période contemporaine. Et nous savons tous que si l’esclavage est aujourd’hui aboli dans le droit international, dans les faits, il perdure de manière insidieuse.
 
Ces thèses nous permettent de comprendre l’histoire pour ne jamais l’oublier. A la création de ce prix entre 2005 et 2009, le CNMHE ne recevait que deux ou trois thèses par an. Aujourd’hui, c’est une dizaine de thèses chaque année qui participe au prix. Depuis 2005, plus de 50 thèses ont été expertisées par le jury du CNMHE. Preuve que cette thématique est un sujet prisé par les chercheurs. Il faut noter la variété des approches, des aires géographiques, mais aussi des disciplines (histoire, anthropologie, archéologie, histoire de l’art, philosophie, économie) qui s’intéressent désormais à l’esclavage et aux sociétés post-esclavagistes.
Venons-en aux lauréats 2018.
 
Le CNMHE attribue une mention spéciale à la thèse de Monsieur Hayri Gökşin ÖZKORAY, intitulée « L'esclavage dans l'Empire ottoman (XVIe-XVIIe siècle). Fondements juridiques, réalités socio-économiques, représentation. »
Je laisserai le président du CNMHE et le directeur de cette thèse nous en dire plus. Mais je souhaitais personnellement vous féliciter, M. ÖZKORAY, pour la qualité de ce travail.
 
Enfin, le prix de thèse 2018 est attribué à Monsieur Rafael THIBAUD pour sa thèse intitulée « Traite des esclaves et commerce néerlandais et français à Madagascar (XVIIe–XVIIIe siècles). » Un travail colossal de plus de 500 pages qui éclaire un sujet trop méconnu : la traite européenne dans l’Océan Indien.
***
Mesdames et messieurs,
 
Encore une fois, félicitons l’ensemble des lauréats. Le travail sur la mémoire de l’esclavage n’a pas vocation à nous enfermer dans le passé. Au contraire, c’est en ayant toute sa place dans la mémoire nationale, en étant assumé, analysé, décortiqué, que nous ne reproduirons plus les mêmes atrocités. Mais, nous le savons, ce combat n’est jamais réellement terminé.
Je vous remercie.
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