Publié le 15 novembre 2016

Les outre-mer dans la COP 21 Climat

Les outre-mer, de part leur localisation sous toutes les latitudes dans les quatre océans et trois continents, font partie des espaces géographiques d’ores et déjà objets des premiers effets constatés du réchauffement climatique.

La dimension ilienne de la majorité d’entre eux en zone intertropicale en fait aussi des partenaires privilégiés des petits Etats insulaires, avec qui ils partagent un destin commun face au changement climatique, en particulier dans l’océan Pacifique (montée du niveau de la mer, acidification des eaux marines, alternance des phénomènes el Nino et la Nina et ses conséquences sur la pluviométrie et la courantologie marine).
 
Les outre-mer constituent des avant postes privilégiés de la recherche et du suivi de ces effets à l’échelle planétaire, notamment dans le monde antarctique, territoire unique en matière de Connaissance et de recherche sur le climat, sans oublier les  terres inhabités des Iles Eparses de l’Océan indien et Clipperton, laboratoires scientifiques potentiels de suivi des effets du réchauffement climatique.
 
Ils jouent à l’échelle planétaire, de par l’étendue de leurs eaux sous juridiction nationale, la diversité, la richesse et la spécificité de leur biodiversité terrestre (forêts) et marine (mangroves, récifs,   etc.…) un rôle essentiel dans la capacité de captation du carbone, la lutte contre les effets du réchauffement climatique, le maintien des ressources alimentaires et le combat contre la pauvreté dans nombre d’Etats notamment îliens.
 
Il découle de ces particularités un certain nombre d’actions phares à l’égard du changement climatique que le ministère des outre-mer entend poursuivre et promouvoir au niveau local, au niveau national mais aussi dans les enceintes européennes, régionales et internationales :
  • Dans le domaine de la Recherche, les TAAF hébergent de nombreuses bases scientifiques permettant la mise en œuvre de programmes relatifs aux effets des gaz à effet de serre ou aux modifications météorologiques à venir, portés par l'Institut polaire Emile Victor en lien avec les organisations régionales (convention de conservation de la faune et de la flore marine en Antarctique -CCAMLR- et  Réunion consultative du Traité sur l’Antarctique -RCTA), en partenariat avec d’autres instituts de recherche français et étrangers. A titre d’exemple, la Base Martin de Viviès à Amsterdam porte le Réseau Atmosphérique de Mesure des Composés à Effet de Serre (RAMCES), la base Dumont d'Urville en Terre Adélie  héberge les services scientifiques assurant l'acquisition de données pour les laboratoires français impliqués dans les programmes polaires, la base Concordia, à l'intérieur du continent Antarctique, abrite notamment le forage EPICA (European Project for Ice Coring in Antarctica) dont le but principal est d'obtenir des données complètes sur les archives climatiques et atmosphériques en analysant les glaces de 2 forages et en les comparant avec les données issues d'autres forages au Groenland. Les informations fournies par ces analyses ont mis en évidence les variabilités climatiques et atmosphériques depuis 740 000 ans.
  • En matière de Suivi des effets du réchauffement climatique, le travail engagé dans le cadre de l’Initiative française pour les récifs coralliens (IFRECOR) avec le concours de l’ONERC, portent i) sur la mise en place à terme d’un grand observatoire des effets du changement climatique en milieu côtier regroupant en réseau les observatoires en cours d’installation dans les outre-mer, ii) la publication de guides méthodologiques en matière d’infrastructures et d’aménagement littoral à destination des décideurs. A cet égard, le concours de la Palme Ifrecor est centré tous les ans sur des projets éducatifs ou sur des réalisations conduites à l’initiative des élus ultra-marins concourant à la lutte contre les effets du réchauffement climatique.
  • Sur le plan énergétique, un défi dans des milieux îliens dépourvus pour la plupart de ressources énergétiques propres,  nous nous sommes fixés un objectif avec les autorités des outre-mer de 50% d’énergies propres renouvelables en 2020 dans tous les territoires (Mayotte à 30%), ce qui veut dire un effort considérable en matière de projets énergétiques innovants reposant sur des ressources durables issues de l’environnement local.
  • Sur le plan de la préservation des écosystèmes et des habitats concourant à la lutte contre les effets du changement climatique, en lien avec les autorités locales, le développement d’un réseau dense d’espaces protégés terrestres et marins.
La Guyane possède ainsi le plus grand parc national (près de 3,5 millions d'hectares) et seul massif amazonien de l’Union européenne, dont il convient de préserver et valoriser les richesses de sa biodiversité ainsi que les modes de vie des populations traditionnelles vivant sur son territoire. Dans un état de conservation remarquable au regard de la situation des forêts intertropicales dans le monde, cette forêt est l'objet d'enjeux majeurs pour la Guyane, pour la France et plus largement pour la communauté internationale : continuer l'effort d'acquisition de connaissance sur des milieux encore trop peu connus. préserver les rôles écologiques avec un réseau de conservation stricte échantillonnant les différents écosystèmes et habitats naturels, impliquer la population et les élus pour une gestion durable. Si On lui ajoute les surfaces couvertes par le parc naturel régional, les réserves naturelles et les terrains du conservatoire du littoral, c’est plus de la moitié du territoire de la Guyane qui est couvert par un outil de protection et de gestion se voulant durable de son territoire terrestre.
 
Il en est de même à La Réunion (autour de 45%) et plus encore en Guadeloupe (les 3/4). Dans les TAAF, la réserve naturelle des îles subantarctiques est la plus grande réserve d’Europe, à la fois terrestre (7 000 km2) et marine (15 000 km2) et devrait s’agrandir à terme sur le milieu marin.  La création des deux parcs naturels  marins de Mayotte et des Glorieuses dans l’Océan indien (soit plus de 110 000 km2), du parc marin « Mer de Corail » par les autorités néo-calédoniennes (1,4 Mkm2), les projets de parc naturel marin en Martinique, de grande aire marine protégée autour des îles Marquises en Polynésie française, sans oublier les réserves marines existantes à Saint Martin, Saint Barthélemy, La Réunion et autres projets comme celui de réserve naturelle sur l’île d’Europa et les sanctuaires mammifères marins mis en place dans les eaux sous juridiction dans les Antilles françaises mais aussi par les autorités locales en Polynésie et en Nouvelle Calédonie, font que l’objectif de 20 % des eaux sous juridiction nationale couverts par une aire  protégée sera atteint en 2020. Je n’oublierai pas de mentionner la reconnaissance internationale qui accompagne un certain nombre de ces créations : Patrimoine mondial Unesco pour les Hauts de La Réunion ou les lagons de Nouvelle Calédonie, Réserve Homme et Biosphère en Guadeloupe et Polynésie (Fakarava) ou Ramsar, comme pour Moorea, l’estuaire du Sinnamary en Guyane ou tout récemment la Plaine des Lacs en Nouvelle Calédonie.
  • Sur le plan de l’exploitation des ressources naturelles, favoriser la valorisation  économique et durable des filières traditionnelles ou innovantes issues de la biodiversité, dans une dynamique proche des fonctionnements naturels, concertée avec les collectivités et populations locales : que ce soit dans le domaine de la forêt (approvisionnement des filières bois et bois-construction, certification de gestion durable tel que PEFC en Guyane), de la pêche hauturière et côtière, de cultures locales et du développement de l’éco-tourisme.  
  • Sur le plan international, les outre-mer sont les vecteurs du développement d’un travail conduit en collaboration très étroite avec les instances de coopération régionale (conventions Mers régionales dans les quatre océans et en particulier le PROE dans le Pacifique et la CCAMLR dan l’Antarctique), européenne et internationale (conventions sur la diversité biologique, le climat, programme sur les petits Etats insulaires).  Ainsi, à titre d’exemple, la prochaine conférence des outre-mer européens prévue en Guadeloupe à la fin octobre, qui s’intéressera à la fois au changement climatique et à la biodiversité,  associera à l’ensemble des RUP et PTOM le secrétariat de la Convention sur la diversité biologique, l’Union européenne et de nombreux Etats insulaires des Caraïbes, mais aussi des Océans indien et Pacifique. C’est grâce à ses Outre-mer et aux actions développées en coopération dans leurs environnements régionaux que la France a pu témoigner et développer une vision planétaire lors de la Conférence des Parties COP21 sur le climat à Paris en 2015.   
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