Publié le 29 novembre 2016

La Réunion - Économie

La croissance réunionnaise a connu une forte hausse en 2015 et a augmenté de 3,1 % en volume par rapport à 2014. Cela reste pourtant insuffisant pour résorber le chômage. En effet, la pression liée à la croissance démographique est forte, de même que l’augmentation du taux d’activité des Réunionnais et en particulier des femmes.

Le PIB de la Réunion

Il était, en 2014, de 17,17 milliards d’euros. Il repose très largement sur la consommation des ménages (près de 11 milliards d’euros) ainsi que sur les dépenses des administrations publiques (environ 7 milliards d’euros). Cependant, l’investissement privé reste faible et se situe autour de 3,5 milliards d’euros. Du fait de sa situation insulaire et de son emplacement géographique, la Réunion se voit obliger d’importer énormément : les importations représentent près de 5 milliards d’euros. La balance commerciale réunionnaise est extrêmement déficitaire, puisque les exportations sont quant à elles de 500 millions d’euros.
 
En 2015, la croissance était de 3,1 % et de 2,8 % pour le premier trimestre 2016, elle reste donc bien supérieure à celle de la France métropolitaine (0,6%).
 
En conséquence, le pouvoir d'achat augmente et la consommation des ménages se renforce (+ 3,2 % en volume). L'investissement progresse, mais moins vite qu'en 2014. Les importations sont en valeur ralenties par la baisse des prix du carburant mais augmentent en volume. Les exportations repartent à la hausse.

La situation de l’emploi

Le marché de l’emploi à la Réunion fait face à une situation paradoxale. La Réunion est la région française où le taux de chômage est le plus élevé. Il était, en 2015, de 24,6 %, contre 9,9 % en France métropolitaine. Le chômage touche particulièrement les plus jeunes puisque près de 60 % d’entre eux y sont confrontés. Cependant, la création d’emplois à la Réunion est très dynamique : entre 2001 et 2013, elle a augmenté de 2 % par an en moyenne (soit 4600 emplois supplémentaires par an), contre 0,4 % en Métropole. De plus, la croissance réunionnaise a connu une forte hausse en 2015 et a augmenté de 3,1 % en volume par rapport à 2014. Mais cela reste insuffisant pour résorber le chômage. En effet, la pression liée à la croissance démographique est forte, de même que l’augmentation du taux d’activité des Réunionnais et  en particulier des femmes. Si le taux de chômage est très élevé chez les jeunes (52,4 % en 2015, notamment parce que 37 100 d’entre eux quittent le système éducatif sans aucun diplôme), ils participent plus faiblement que les seniors à l’augmentation de la population active, étant donné qu’un grand nombre d’entre eux quitte le département. Le nombre de demandeurs d’emploi âgés de plus de 50 ans a augmenté de 11,6 % en 2015 par rapport à 2014.
Si la situation de l’emploi reste préoccupante à la Réunion, le taux de chômage connaît une légère diminution. Il est en baisse par rapport à 2014, où il atteignait 26,8 % (contre 24,6% en 2015). Il a diminué de 1,6 % au premier trimestre 2016. Il atteint donc son « meilleur » niveau depuis 2008. Même tendance chez les jeunes où le taux de chômage a reculé de 2 % en 2015 par rapport à l’année précédente. En 2015, 5500 emplois salariés privés ont été créés, soit le double des créations enregistrées en 2014.
 
Les politiques pour l’emploi sont surtout ciblées les personnes les plus éloignées de l’emploi (jeunes peu ou pas qualifiés, seniors etc.). En 2015, l’État a consacré 287 millions d’euros au financement des mesures d ‘insertion et d’accompagnement. C’est 50 millions d’euros de plus qu’en 2014. Au total en 2015, 32 740 Réunionnais bénéficient soit d’un contrat aidé soit d’une mesure d’accompagnement pour l’emploi. Concernant les formations pour les demandeurs d’emploi, il y en a eu 9185 en 2015. 6615 formations supplémentaires doivent être réalisées en 2016 par la Région et pour lesquelles l’État versera une compensation financière de 19,8 millions d’euros.
 
Le recours aux dispositifs d’emplois aidés et d’insertion doit perdurer mais ne peut à lui seul répondre aux enjeux d’aujourd’hui et demain. C’est bien par la création de richesses et de valeurs, et donc d’emplois marchands, que pourrait être esquissé un nouveau modèle économique réunionnais ou une évolution positive de l’activité et de l’emploi.
 
La plus emblématique des mesures est le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) dont le taux est majoré dans les départements d’outre-mer et est, depuis le 1er janvier 2016, de 9 %, contre 7,5 % l’an dernier et 6 % en métropole.
Au total, ce sont 98 M€ qui ont été reversés à plus de 11 500 entreprises réunionnaises en 2015. En 2016, toutes choses égales par ailleurs et du fait de l’augmentation du taux, ce sont près de 120 M€ qui viendront bénéficier aux entreprises, pour investir, recruter, gagner en compétitivité.
 
Il faut également parler du Plan d’urgence en faveur de l’emploi qui concerne notamment les PME de moins de 250 salariés, c’est-à-dire la majorité des entreprises de La Réunion. Depuis le 18 janvier 2016 et pour l’année 2016, toute nouvelle embauche d’un salarié payé jusqu’à 1,3 fois le SMIC, bénéficie d’une prime de 500 € par trimestre pendant deux ans (dispositif « Embauche PME »).

L’agriculture et le secteur de l’agroalimentaire

L’agriculture est le principal fer de lance de l’économie réunionnaise. Elle repose notamment sur la canne à sucre mais également sur l’élevage ainsi que sur l’exploitation d’autres végétaux. La production locale couvre près de la moitié de la demande en produits alimentaires de l’île. La superficie agricole utilisée représente près de 45 000 ha et 56 % de celle-ci est destinée à la canne à sucre. La production agricole s’élève à près de 450 millions d’euros et le secteur représente 6 % de la population active, soit près de 22 000 emplois. Le sucre et les produits de la pêche sont les deux premiers postes à l’export, avec respectivement 70 et 65 millions d’euros. Concernant la production animale, c’est le secteur de la volaille qui est le premier producteur de viande à la Réunion. Le secteur agroalimentaire est quant à lui le principal secteur industriel de l’île et constitue 32 % de ses emplois et 42 % de son chiffre d’affaires. En 2015, les revenus agricoles ont augmenté de 9,8 %, poursuivant ainsi leur croissance et bénéficiant de la baisse des prix des matières premières.
 
Les exploitations agricoles réunionnaises sont de très petite taille, avec une moyenne de 5,8 ha par exploitation, contre 78 ha en France métropolitaine. Il y a 7600 exploitations sur le département.
 
La filière canne représente la première source d’emplois dans l’agriculture réunionnaise. Près de 200 000 tonnes de sucre sont produites chaque année (201 000 t en 2015 , 196 000 t en 2014). En plus de production de sucre, la canne sert également à l’élaboration du rhum et sa bagasse est utilisée comme source d’énergie et est transformée dans deux centrales thermiques. La canne est traitée au sein de deux usines, situées à Bois-Rouge et au Gol (propriété du groupe TEREOS Océan Indien), disposant d’une capacité de traitement d’un million de tonnes de canne. La production de canne varie, selon les années, entre 1,5 et 2 millions de tonnes. L’année 2015, avec 1 896 104 tonnes de canne (contre 1 763 656 tonnes de canne en 2014), pour une richesse moyenne de 13,28 % (13,91 % en 2014), reste la meilleure campagne après 3 années marquées par des sécheresses successives. Cependant, la filière canne reste fragile et est soumise aux conditions météorologiques (en particulier les cyclones : en 2007 le cyclone « Gamède » a rendu la campagne sucrière désastreuse) ainsi qu’aux fluctuations du marché mondial du sucre. Elle est largement subventionnée et dispose d’un dispositif d’aide face aux pertes de revenus. La filière canne-sucre-rhum-énergie bénéficie globalement de 139 millions d’euros par année d’aides publiques.
 
En cas de stock invendu, l’Union Européenne s’était engagée à intervenir afin de racheter le surplus à un prix supérieur à celui du marché. Cependant, une réforme a été mise en place, qui prévoit la fin des quotas sucriers et des prix garantis d’ici octobre 2017. Cette réforme inquiète grandement les planteurs réunionnais et les mettra en concurrence directe avec le sucre roux venu d’autres pays (Brésil, Vietnam) mais également avec le sucre de betterave.
Au-delà de l'orientation probable des cours mondiaux à la baisse, la fin des quotas va encore accentuer le déficit de compétitivité des sucreries des DOM du fait de leur marge limitée en matière de gain de productivité. Et pourtant le rôle de cette filière est important en matière d’aménagement du territoire. L'avenir de l'agriculture à La Réunion ne saurait être envisagé sans la filière canne-sucre.
 
L’arrêt des quotas en 2017 est un changement de « business model » qui va profondément modifier les conditions d’exercice tant des industriels que des planteurs de cannes. En conséquence, le président de la République a annoncé en 2014 qu'une demande d'aide complémentaire de l’Etat de 38 M€ pour la filière canne-sucre sera déposée auprès de la Commission Européenne.Les aides européennes et nationales dans le cadre de la réforme de l’OCM sucre, sont reprises dans la nouvelle convention « Etat-planteurs-usiniers » 2015/2021 qui  comprend un engagement pour 2015 et 2016 de garantie de la pérennité de la filière Canne-sucre et prévoit  un bilan d’étape en 2016.

La pêche

Avec une Zone Économique exclusive de 315 000km², quasiment identique à celle de la France continentale, la Réunion entend bien exploiter les ressources qui s’y trouvent, et notamment les produits de la pêche. De plus, les pêcheurs réunionnais sont autorisés à se rendre dans la ZEE malgache, suite à un accord bilatéral entre Antananarivo et Bruxelles. Cependant, force est de constater que l’importance de la pêche à la Réunion décroît au fil du temps.
L'activité de la pêche à La Réunion se répartit en trois catégories : la petite pêche, la pêche
palangrière et la grande pêche industrielle.
  • La pêche artisanale
La petite pêche s’exerce sur des durées inférieures à 24 heures, à proximité des côtes de l’île. En 2015, le nombre de marins inscrits au rôle s’établit à 277 pêcheurs (soit 4 de moins), après avoir augmenté de 6 en 2014. L’activité de pêche artisanale baisse tendanciellement depuis 2004, avec une contraction d’un quart des navires et des effectifs. Les produits de cette pêche s’écoulent essentiellement sur le marché local.
  • La pêche palangrière
La pêche palangrière est formée de la pêche côtière et de la pêche au large. La première se caractérise par des sorties en mer d’une durée comprise entre plus de 24 heures et 4 jours tandis que la seconde se déroule sur des durées de sorties en mer plus longues, mais inférieures à 21 jours. En 2015, la pêche palangrière compte 182 marins inscrits au rôle (-6,2 % en un an), qui se consacrent principalement à la pêche au large. Le nombre total de navires actifs s’élève à 24, soit 3 de moins par rapport à 2014. La production palangrière est estimée entre 2 000 et 3 000 tonnes annuelles dont près de la moitié s’exporte.
 
La situation économique de la filière reste fragile, marquée par la disparition de plusieurs acteurs ces dernières années, les conséquences de la surpêche mais aussi par la déprédation des poissons capturés à la palangre par les globicéphales. La balance commerciale des produits de la pêche (y compris la pêche industrielle) est excédentaire de 1,9 millions d’euros en 2015 grâce aux exportations en valeur qui s’inscrivent en forte hausse par rapport à 2014. L’augmentation du prix de la légine explique l’essentiel de cette hausse. Les importations augmentent plus modérément avec +3,7 % en valeur. L’Inde et le Vietnam sont les principaux fournisseurs.
  • La grande pêche industrielle
Après avoir connu un fort développement à partir du début des années 90, la filière a rencontré de grandes difficultés liées à la baisse de la ressource halieutique. La restructuration de la filière depuis 2008 a permis de redynamiser ce secteur. La pêche industrielle au large est pratiquée actuellement par six armements, qui déploient leur activité essentiellement dans la zone de Kerguelen, dont La Réunion constitue la base arrière.
La pêche dans ces eaux subantarctiques concerne principalement la légine, mais également la langouste et d’autres espèces de poisson soumis à des quotas (poisson des glaces, cabot et rouffe antarctique) et d’autres sans quota (raie et grenadier). Les quotas sont fixés chaque année, par l’administration des TAAF et le Muséum national d’histoire naturelle afin d’assurer la conservation à long terme et l’utilisation optimale des ressources halieutiques dans la zone économique exclusive de Kerguelen et du Crozet.
 
Le total admissible de capture (TAC) de légine a été fixé à 6 300 tonnes pour la campagne 2015-2016, en hausse de 5 % par rapport à la précédente, les plus importants de tout l’océan Austral pour cette espèce. La pêche à la légine est essentiellement destinée à l’exportation : États- Unis et pays asiatiques, dont le Vietnam et la Chine. Elle constitue le deuxième secteur exportateur de La Réunion et génère 300 emplois directs et entre 4 et 5 fois plus d’emplois indirects

Le tourisme

Le tourisme constitue également une part importante dans l’économie réunionnaise. En 2015, et pour la première fois depuis 3 ans, la fréquentation touristique est repartie à la hausse (+ 5,1%) et s’est élevée à 427 000 touristes en visite sur l’île sur l’ensemble de l’année. Ils ont dépensé environ 300 millions d’euros pendant leur séjour (ce qui équivaut à une dépense de 717 euros par personne en moyenne, pour une durée moyenne de séjour de 17 jours,) ce qui est considérable pour l’économie locale. Après avoir lourdement chuté lors des précédentes années, notamment en raison de l’épidémie de chikungunya ou de la « crise requins », le secteur touristique réunionnais semble aller mieux. Le classement, en 2010, des pitons, cirques et remparts de l’île (qui correspondent à la zone centrale du parc national) au patrimoine mondial de l’UNESCO y a grandement contribué. Cependant, il faut reconnaître que l’ensemble des îles de la zone bénéficient de cette forte reprise du tourisme, et que la Réunion en jouit moins que d’autres (5,1 % contre 10,8 % pour Maurice et 18,7 % pour les Seychelles).
Trois quarts des touristes proviennent de la France métropolitaine et viennent en majorité pour des raisons affinitaires. Cependant, le tourisme d’agrément progresse également et représente, en 2015, près de 40 % du tourisme total (la fréquentation hôtelière est en hausse de 11 % en 2015 par rapport à 2014).
L’île poursuit donc son effort de diversification des structures touristiques et des clientèles.

L’industrie et l’artisanat

Avec une part de 4,4 % de la valeur ajoutée totale en 2011 l’industrie occupe une place  modeste dans l’économie réunionnaise par rapport au plan national (13,8 % de la VA). Les industries agroalimentaires (IAA) représentent près de la moitié de la VA créée par le secteur. Cette branche résulte historiquement de la conjugaison d’un potentiel agricole important, basé notamment sur la filière canne-sucre-rhum, et le développement de l’importation-substitution. La pêche, deuxième filière exportatrice après le sucre, tient également une place importante dans les IAA. L’industrie des biens intermédiaires et celle des biens d’équipement, dont les activités sont tributaires du secteur de la construction, complètent le paysage industriel réunionnais. L’ensemble du secteur emploie 5,5 % des effectifs salariés à La Réunion en 2014, soit 16 481 personnes. Ils se répartissent en parts égales entre les IAA et les industries manufacturières. Le secteur compte 3 529 entreprises, soit 7,0 % du parc d’entreprises en 2015, et les créations dans ce secteur représentent 5,1 % des entreprises créées à La Réunion.
 
La Chambre des métiers a recensé 16 200 entreprises artisanales actives en 2015, soit 4,9 % de plus qu’en 2014. L’immense majorité d’entre elles (96%) sont des entreprises de moins de 10 salariés. La répartition par branche professionnelle montre la nette prépondérance du secteur du bâtiment (39,3 % du nombre total d’entreprises artisanales), devant celui des services (31,2 %). Comme en 2014, l’année 2015 connaît une croissance du nombre d’entreprises dans toutes les branches. Celle de l’alimentation connaît la progression la plus dynamique (+8,6 %). Cependant, le chiffre d’affaires du secteur du BTP connaît une importante régression et a diminué de 4,9 % par rapport à 2014. Il est fortement dépendant des commandes publiques, qui représentent 86 % des commandes totales.
 
Les inscriptions au registre de la Chambre des métiers ont augmenté de 3,3 % (2 015 inscriptions). Parallèlement, les radiations diminuent de 14,5 % (1 270) entraînant un solde net de +745, soit 60,2 % de plus qu’en 2014. L’artisanat représente 42 208 emplois à la Réunion en 2015.
 
Le chiffre d’affaires de l’artisanat progresse de nouveau en 2015 (+5,5 %) et atteint 1,74 milliard d’euros, bien plus que celui du tourisme ou de l’agriculture. Tous les secteurs sont concernés. Comme l’année précédente, la plus forte augmentation touche le secteur alimentaire et plus particulièrement la restauration et les plats à emporter (+13,1 %).
 
Source : IEDOM, rapport annuel 2015 et INSEE bilan économique 2015
 
  • La filière sucre
  • Le traitement des cannes
  • Le port en eaux profondes
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