Publié le 20 novembre 2017

Journée outre-mer développement 2017, Intervention d'Annick GIRARDIN, ministre des outre-mer

Annick girardin, ministre des outre-mer s'est exprimé en ouverture de la Journée outre-mer développement 2017. Elle a notamment appelé à la co-construction des économies de demain en outre-mer, à la conduite d'une revue en profondeur des dispositifs d'aide économique et à l’extension du dispositif des emplois francs aux jeunes ultramarins.

Seul le prononcé fait foi
 
Mesdames et messieurs les élus,
Mesdames et messieurs les représentants du monde économique,
Mesdames et messieurs les chefs d’entreprises, présidents d’association et de réseaux ultramarins,
Chers étudiants,
Mesdames et messieurs,
C’est un honneur pour moi d’ouvrir cette édition 2017 de la Journée outre-mer développement (JOMD). J’y tenais particulièrement car je suis convaincue que nous avons des espoirs et des méthodes en commun : l’audace et l’innovation. Vous êtes l’illustration concrète des outre-mer des solutions que j’appelle de mes vœux.
 
Je sais que vous êtes résolument tournés vers l’avenir. Vous êtes des femmes et des hommes d’action, pragmatiques, qui aimez le concret. Cela tombe bien, je suis comme vous.
 
***
Je suis ici pour partager avec vous la vision que je porte sur les économies des outre-mer.
L’économie est bien entendu au cœur de la grande consultation des ultramarins, les Assises des outre-mer que j’ai lancé cet automne. Sans économie, pas d’emplois durables. Sans économie, pas de perspective d’avenir. Sans économie, pas de cohésion sociale. L’ambition des Assises, c’est d’associer tous les acteurs ultramarins pour construire ensemble des territoires d’excellence et d’innovation. Et je dis bien tous les acteurs : institutionnels, monde économique et société civile.
J’invite à ce titre les porteurs de projets dans les territoires d’outre-mer à s’inscrire sur le site internet des Assises. Un concours d’innovation sera lancé sous peu et les lauréats bénéficieront d’un soutien financier et logistique pour mener à terme ou développer leurs projets. Ceux-ci peuvent porter sur l’emploi, le digital, le développement durable, la construction, l’économie bleue, l’éducation… Seule condition : apporter une plus-value aux citoyens et à l’image des territoires d’outre-mer.
Parce que ces Assises s’inscrivent résolument dans notre temps. On ne peut pas penser l’économie d’aujourd’hui comme on la pensait hier.
Nos sociétés ont changé. Profondément. Elles sont plus urbaines, plus modernes et, grâce à l’Internet, plus ouvertes sur le monde.
 
Cela modifie le rôle du consommateur qui peut maintenant comparer des offres en provenance du monde entier.
 
Cela doit modifier notre manière de faire des affaires en outre-mer...
 
Cette révolution numérique ouvre également de nouveaux marchés, de nouvelles perspectives de développement économique, à portée de clic.
 
Le monde va plus vite et il nous donne l’impression que tout est plus proche. Nous devons accompagner nos territoires vers ce lendemain ! Je vous livre une réflexion qui pourrait ressembler à une brève : Facebook n’a que 13 ans ! Regardez comme le monde a changé pendant cette période ! C’est étourdissant ! On doit parler en 140, signes, l’image est omniprésente, l’information surabonde… Nous ne pouvons pas faire, en outre-mer, comme si tout cela n’existait pas.
Je refuse que les habitants de nos territoires soient en marge de ce changement. Notre responsabilité est de créer les conditions pour que cette ouverture soit possible.
  • Elle le sera par l’accès à des infrastructures d’échanges efficaces : ports, aéroports, connectivité numérique.
  • Elle le sera également en formant de manière adaptée les citoyens au monde qui les entoure. Ce monde je le disais est rapide, il peut être brutal. Et l’information si elle est disponible, mérite un filtre, celui de la raison.
Le discours sur un monde qui change n’est pas neuf. Mais vous le savez comme moi : en parcourant les outre-mer on a parfois l’impression que les ultramarins sont en partie exclus de ce mouvement.
Compte tenu de l’importance de ces sujets, je crois que le temps de la réflexion que l’on s’offre pour les assises n’est pas superflu. Et cette réflexion, je ne souhaite pas la mener seule, c’est vous, acteurs des territoires qui devez la porter !
L’économie est au cœur de nos travaux, et comme le Président de la République l’a redit en Guyane, nous ne voulons pas nourrir les territoires de promesses sans lendemain.
 
La meilleure manière d’être concrets est de s’appuyer sur les porteurs de projets pour opérer ces transformations. Bien sûr certains sujets sont du ressort de la puissance publique et nous les assumerons. Mais pour les questions d’emploi et de développement les responsabilités sont aussi les vôtres.
 
Deux axes sont essentiels dans nos travaux : le premier est de conforter et stabiliser ce qui fonctionne. Le second est de permettre l’émergence de l’économie de demain.
 
Permettez-moi une digression, car je souhaite préciser : conforter et stabiliser, ce n’est pas rester immobile ! L’immobilisme, ce n’est ni l’ADN de ce gouvernement, ni le mien. Je suis une Française d’Amérique du Nord et j’ai comme culture de considérer l’avenir en confiance. Je le redis ici, nous devons être adaptés à notre époque, pour cela il faut la comprendre. Il y a des signaux forts : en juin dernier, l’Assemblée Nationale a été en grande partie renouvelée, ce n’est pas rien ! La figure du professionnel de la politique tend à s’effacer au profit de celle du personnel issu de la société civile dont nombre de femmes et d’hommes entrepreneurs. Et cette dynamique se poursuivra car nos institutions doivent être à l’image de la France d’aujourd’hui.
Une France plurielle, riche de toute sa diversité et dans laquelle les outre-mer appartiennent pleinement à la conscience nationale. Nous devons rendre l’outre-mer lisible et visible car je refuse que l’outre-mer n’intéresse que les ultramarins comme ça a trop souvent été le cas.
C’est toute l’ambition du reflexe outre-mer que je ne cesse de porter depuis mes premières fonctions d’élue : ce réflexe, c’est prendre en compte les spécificités des outre-mer dès l’origine de l’élaboration des politiques publiques.
Ce réflexe outre-mer, c’est aussi, comme vous le faites ici : placer l’outrer-mer au centre de la capitale, avec des intervenants de qualité et des thématiques tournées vers l’avenir.
 
Par exemple, le Président a annoncé cette semaine le retour du dispositif des « emplois francs » à destination des habitants des zones « prioritaires » pour le 1er janvier 2018.  Concrètement, les entreprises qui embauchent des habitants issus des quartiers dits « politique de la ville » reçoivent une prime pour lutter contre l’assignation à résidence et l’exclusion sociale.
Cette assignation à résidence, elle concerne aussi les Français d’outre-mer. Je suis sur qu’un bon nombre d’entre vous l’a déjà vécu en cherchant un emploi ou une opportunité professionnelle.
C’est pourquoi je vais travailler à une extension de ce dispositif dans les outre-mer. Je m’inspire de ce qui marche chez nous, notamment la charte pour l’emploi à La Réunion ou le dispositif Pacte pour l’Emploi des Jeunes en Guadeloupe car ces dispositifs ont fait leurs preuves. Et puis, ils ont été pensés par les territoires, par les acteurs économiques eux même !
 
Le réflexe outre-mer c’est aussi s’appuyer sur les outre-mer pour construire une stratégie portuaire ambitieuse. Une stratégie à la hauteur du rang de la France : 2eme pays maritime grace aux outre-mer. C’est pourquoi j’ai annoncé hier au comité interministériel de la mer la mise en place d’une expérimentation prochaine de détaxe dans un port ultramarin.
 
La méthode du gouvernement je le disais, c’est la sincérité. C’est aussi l’audace. L’audace de dire les choses telles qu’elles sont. L’époque de la distribution des cadeaux souvent empoisonnés est révolue. 
J’entends les interrogations de certains qui revendiquent plus d’autonomie dans leurs décisions locales. Nous sommes à un moment où les outre mer doivent se réinventer, c’est un fait, mais en responsabilité. En réciprocité.
 
Quand je suis interpellée par des élus qui exhortent qu’on les écoute, en tant qu’ultramarine, je ne peux qu’être pour. En tant que ministre de la République, je suis non seulement pour, mais j’attends également que les compétences à disposition des exécutifs locaux soient toutes assumées. Je le dis ici, ce n’est souvent pas le cas. Ca doit le devenir et nous devons tous y être vigilants car c’est dans cette relation d’équilibre et de confiance, donc de sincérité, que nous allons pouvoir travailler.
 
Un des sujets qui vous intéresse ici, et j’y reviens, c’est le développement de nos économies. Je le disais, il faut conforter et stabiliser l’existant.
 
Je vais être claire, les aides économiques pour l’outre mer ne sont pas lisibles, je crains du coup qu’elles ne soient pas durables.
 
J’ai donc décidé, en accord avec le Premier Ministre, de conduire une revue en profondeur de ces dispositifs d’aide afin de les inscrire dans la durée. Je m’engage à ce nous puissions raisonner avec un périmètre budgétaire qui ne se réduira pas, c’est une donnée que je veux partager avec vous car elle est importante.
 
Il n’y a pas de coup fourré, pas de duplicité. Il y a par contre la nécessité impérieuse de construire un climat des affaires qui corresponde à notre époque et qui prépare le futur de nos territoires.
Ce travail, je ne le ferai pas seule. Les parlementaires, les collectivités locales, et bien sûr les chefs d’entreprise y seront étroitement associés. Je vais vous donner un exemple très concret : la TVA Non Perçue et Récupérable. Le terme est incompréhensible pourtant il s’agit d’une aide directe à l’investissement. Et bien, cette TVA NPR, qui représente près de 100M€ par an, est elle encore adaptée ? Doit-on toujours s’appuyer sur un outil créé au siècle dernier ? Tout n’est évidemment pas à jeter, mais ne faut-il pas moderniser et cibler sur les secteurs réellement exposés ou mis en difficulté par des contraintes structurelles?
 
Autre exemple : le CICE. Il sera supprimé en 2019, vous le savez et je n’y reviens pas. Mais comment le recycle-t-on? Que propose-t-on ? J’ai vu que sur ce sujet les territoires ne partagent pas tous la même vision, prenons donc le temps d’adapter le dispositif par territoire ! Par ces exemples je veux vous montrer que toutes les questions pourront se poser, je ne veux pas censurer la réflexion ni la préempter. Je le répète, je veux de la sincérité et de l’audace car j’ai comme vous de l’ambition pour nos territoires!
Je veux des outils modernes, adaptés, ciblés, efficaces, et territoriaux. Et je les veux vite puisque je souhaite qu’ils soient inscrits au budget de 2019. Pour ce budget les négociations commencent au printemps prochain, au moment de la publication des résultats des assises des outre-mer. J’ai besoin de vous, j’ai besoin des élus car ces assises et ces réformes ne sont pas les miennes, se sont celles des outre-mer, et donc avant tout les votres.
Je le dis en ces mots car je sais que nous aurons besoin de convaincre et il n’est rien de plus convaincant qu’un territoire qui se prend en main…
 
Le second axe en matière de développement économique est de soutenir l’innovation et la recherche pour construire l’économie de demain.
Les révolutions sont celles des objets connectés, des « big data », de l’intelligence artificielle, de la médecine, et même du transhumanisme ! Nous ne pouvons pas faire comme si tout cela n’existait pas ou ne concernait pas l’outre-mer. Je n’accepte pas que les outre-mer soient spectateurs du futur qui s’annonce. Qui aurait misé, il y a 6 ou 7 ans sur SpaceX ou sur Tesla ? Peu de gens… Pourtant l’industrie spatiale et automobile vivent une révolution inédite en ce moment et par ces projets portés par un seul homme !
 
Je veux que nous misions dès maintenant sur les jeunes pousses d’outre mer car je ne veux pas passer à côté d’une pépite ou d’une licorne.
 
Evidemment il n’y a pas que ces projets de rupture qu’il faut accompagner. Je ne suis pas en quête de l’éléphant blanc ! Il faut accompagner toutes les créations entreprises en libérant les énergies. Je souhaite ici partager une réflexion, autour du concept de frugalité : faire plus avec moins ou équivalent, ou faire mieux ! Je trouve ce concept parfaitement adapté à nos territoires. Non pas pour eux même, mais pour ce qu’ils doivent apporter au monde qui les entoure.
La majeure partie des dépenses mondiales de recherche et développement se concentre sur des secteurs très intenses en technologies, exigeant ressources et compétences alors que les résultats de cette recherche ne concernent qu’une infime partie de la population mondiale.
Amener l’énergie en Afrique, permettre l’accès à l’eau potable dans les caraïbes,  envisager des modèles d’éducation à distance pour les petits états insulaires du Pacifique, ou les autres objectifs de développement durable concentrent une part infime des montants investis dans la recherche. Pourtant tout cela concerne le plus grand nombre ! Je rappelle ici que la France a signé en 2015 les Objectifs de Développement Durable, qui portent une vision ambitieuse pour l’humanité : allier croissance soutenable, lutte contre le changement climatique et diminution des inégalités. Mon pari, c’est que les outre-mer peuvent atteindre ces 17 objectifs avant l’hexagone.
 
Je souhaite que nous menions une politique volontaire et ciblée pour que nos territoires deviennent des champions sur ces sujets. Ma conviction est que l’innovation peut se décréter, encore faut-il une politique lisible, ciblée et adaptée.
Dans nos territoires, l’outil a souvent été privilégié par rapport au projet. Oui La Réunion possède le seul pôle de compétitivité de l’outre mer, oui la quasi-totalité des territoires possède des incubateurs « Allègre » et des parcs technopolitains, oui les territoires portent des Universités, des CHU et maintenant pour certains des cyclotrons. Mais comment sont positionnés ces outils dans les classements nationaux ou mondiaux ? Et combien de projets ont réellement émergé grâce à ces infrastructures ? Le déséquilibre entre le foisonnement d’outils et la faiblesse du nombre de porteurs de projets doit interroger.
 
Raisonner en termes de projets (je salue au passage les membres ici présents de l’Equipe Projets Ultramarins, qui m’appuient dans la réussite des Assises, et qui ont choisi de se nommer ainsi pour appuyer cette vision), expérimenter, s’appuyer sur les outils légaux pour dépasser les normes, voici la  méthode que je vous propose.
 
Dans un monde ou la rupture est permanente, l’accompagnement de l’innovation doit se faire dans une temporalité adaptée aux projets, en intégrant très tôt dans la réflexion la réalisation de preuve du concept et en permettant la mise en réseau du porteur avec les compétences clés recherchées.
 
Je travaille avec le Ministère de l’enseignement et de la Recherche et le Secrétariat d’Etat au Numérique pour que nous puissions, en lien avec les collectivités, repenser dès l’année prochaine notre politique d’accompagnement de l’innovation et de la création d’entreprise.  Nous souhaitons que l’on ne se prive pas de voir éclore en outre-mer les talents de demain.
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Mesdames et messieurs,
Comme je le disais en introduction, vous êtes l’incarnation de l’outre-mer des solutions. Vous êtes des porteurs de projets, vous avez des initiatives qui concourent au développement des outre-mer. Des projets qui s’inscrivent dans les réalités et les besoins quotidiens de vos pairs. Etre tourné vers l’avenir tout en gardant les pieds sur terre, c’est le signe d’une maturité, c’est la preuve que vous être pleinement inscrits dans l’époque. C’est sûrement ça ce que l’ancien monde peine ou refuse parfois à entendre. Mais les temps changent. Je vous remercie.
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