Publié le 16 février 2017

Intervention d'Ericka BAREIGTS, Ministre des Outre-mer Point d’étape de la Commission nationale des « enfants de la Creuse »

Intervention d'Ericka BAREIGTS, Ministre des Outre-mer prononcé à l'occasion du Point d’étape de la Commission nationale des « enfants de la Creuse », jeudi 16 février 2017

Seul le prononcé fait foi
Monsieur le Président de la Commission Nationale, cher Philippe VITALE,
Mesdames et Messieurs les Membres de la Commission Nationale,
Mesdames et Messieurs les Présidents et membres d’associations,
Mesdames et Messieurs,
 
De 1963 à 1982, des enfants Réunionnais furent arbitrairement envoyés par l’Etat vers l’Hexagone dans le but de repeupler des départements sujet à un important exode rural. Ces enfants furent appelés « les Réunionnais de la Creuse » bien qu’ils aient également été placés dans le Tarn, le Gers, la Lozère ou les Pyrénées-Orientales.
 
Je le dis avec gravité : les parcours de ces très jeunes mineurs, séparés de leur île, de leur milieu d’origine, parfois de leurs familles, constituent autant de drames personnels lourds de souffrances.
En tant que citoyenne, en tant que militante, le sort des ex-mineurs déplacés m’a toujours profondément touchée.
 
C’est pourquoi, en tant que députée de La Réunion, j’ai porté à l’Assemblée nationale une résolution mémorielle affirmant  solennellement que « l’Etat avait manqué à sa responsabilité morale» envers les ex-mineurs. Il était, je crois, aussi important que nécessaire, que les Représentants de la Nation le reconnaissent officiellement. Car, en déracinant ces enfants, la République a failli : elle les a privés d’un droit inaliénable, le droit à une vie de famille.
 
Cette résolution appelait par ailleurs à ce que tout soit mis en œuvre pour permettre aux Réunionnais de la Creuse de reconstituer leur histoire personnelle.
 
**
Le gouvernement, partageant la volonté du Parlement de regarder l’Histoire de France en face, avec ses ombres et ses lumières, a installé en février 2016 une Commission Nationale avec un objectif de fin des travaux suffisamment en 2018 pour lui laisser le temps de mener toutes les recherches historiques et sociologiques nécessaires.
 
Permettez-moi de saluer à cet égard les efforts considérables déployés par l’ensemble des membres de la Commission :
  • Son Président Philippe VITALE
  • Wilfrid BERTILE
  • Prosper EVE
  • Gilles GAUVIN
  • Michel VERNEREY
Tous s’investissent passionnément dans l’importante mission qui leur a été confiée et travaillent avec l’indépendance, la rigueur et l’exigence nécessaires pour établir la vérité des faits.
 
Cependant, face aux légitimes et impérieux besoins des Réunionnais de la Creuse d’être tenus informés de ces travaux, j’ai souhaité que nous réalisions un point d’étape à mi-parcours. M. VITALE vous a présenté l’activité de la Commission depuis son installation en 2016. La première avancée concrète a été annoncée il y a peu et a porté de 1630 à 2150 le nombre de réunionnais déplacés et ce grâce à un travail minutieux dans les archives que je veux saluer. La Commission a également mené de nombreuses rencontres et auditions à La Réunion et dans l’hexagone et je sais que nombre d’entre vous qui êtes présents ici y ont participé et ont pu s’exprimer. Ici la parole est importante, elle est difficile mais elle est précieuse.
 
L’amélioration des situations personnelles des Réunionnais de la Creuse étant particulièrement urgente, j’ai par souhaité agir immédiatement, avant la fin des travaux de la Commission, pour proposer un ensemble de mesures afin de leur permettre de retrouver leurs racines et de se réapproprier leur mémoire. La réponse du gouvernement se devait d’être à la hauteur des enjeux, à savoir permettre à chacune et chacun de connaître son passé et de se le réapproprier pour se construire dans sa vie présente et future.
 
En premier lieu, je désigne M. Ferdinand MELIN-SOUCRAMANIEN, juriste reconnu, agrégé de droit public, Réunionnais d’origine, afin d’accompagner juridiquement la Commission. Son rôle sera de travailler autour de la liste des enfants déplacés, issus des travaux de recherche de la Commission pour trouver les moyens juridiques de pérenniser cette liste au regard de la législation en présence, notamment en matière de protection de la vie privée. M. MELIN-SOUCRAMANIEN devra également œuvrer afin que la consultation individuelle et dématérialisée de cette liste soit possible pour permettre aux personnes concernées de confirmer ou non officiellement qu’ils sont desdits « Réunionnais de la Creuse » selon les procédures légales.
 
J’annonce également la signature prochaine d’une convention de partenariat avec la Fédération Nationale d’Aide aux Victimes et de Médiation, l’INAVEM, afin de permettre aux Réunionnais de la Creuse de bénéficier des services de cette fédération. Celle-ci est présente sur l’ensemble du territoire national grâce à ses antennes départementales, y compris à La Réunion par le biais de l’ARAJUFA. Je salue d’ailleurs la présence parmi nous d’Olivia Mons, qui travaille à l’INAVEM et représente également Jérôme Bertin directeur adjoint qui a tout de suite répondu présent à nos sollicitations.
 
Ces associations permettront :
  1. D’accompagner les personnes concernées dans l’ensemble de leurs démarches juridiques
  2. D’assurer, par le biais de professionnels, un soutien psychologique et ce, dans l’ensemble des départements en hexagone et à La Réunion.
Ainsi, lors de leurs déplacements à La Réunion, l’ARAJUFA pourra accompagner les personnes le souhaitant dans leur démarche : venir les chercher à l’aéroport et leur fournir une aide juridique et psychologique.
J’ai par ailleurs souhaité la création d’une bourse de mobilité qui sera gérée par l’Union Départementale des Associations Familiales de la Réunion (UDAF) avec qui nous allons signer une convention.
Cette bourse sera mobilisable par l’ensemble des « Réunionnais de la Creuse » à raison d’une fois tous les trois ans pour :
  • Financer la part restante des billets d’avion à hauteur de 90%
  • Financer 95% d’un hébergement à La Réunion sur la base de 3 nuitées.
Enfin, je souhaite que soit mis en place un groupe de travail pour co-construire ensemble les dispositifs.
 
Ce groupe sera composé de 10 personnes sur proposition du Président de la Commission et aura vocation à rassembler les associations et les personnes engagées sur ces questions pour construire ensemble les réponses à apporter. En effet, nous pensons qu’il est nécessaire d’associer les « intéressés » à la conception de ces mesures pour qu’ils se les approprient et qu’elles leur soient le plus utiles possible.
 
Je tiens également à souligner que le rapport final de la Commission sera remis au cours du premier trimestre 2018 et ces premières mesures en seront complétées par de nouvelles.
 
*
 
Mesdames et Messieurs,
Un pays s’honore toujours à regarder avec courage et lucidité son Histoire. C’est ce que la France fait aujourd’hui.
Nous devons connaître et reconnaître les ombres et les lumières qui font notre passé collectif. Je suis fière que nous avancions ensemble, avec le souci de la dignité et de la justice, vers une mémoire apaisée. Fière qu’aujourd’hui la France se regarde en face.
Car c’est en connaissant notre passé que nous pourrons construire ensemble notre futur.
Je vous remercie.
 
Contact
Service de presse
Ericka Bareigts : 01 53 69 26 74
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